Conjoncture - marchés - 27 Mai 2014

La filière soja en France

I. Le soja dans le monde
II. Dans l’UE, une forte dépendance au soja importé
III. Production de soja en Europe et en France
IV. Débouchés du soja français
V. Recherche sur le soja en France
VI. Atouts environnementaux du soja
VII. Rentabilité économique du soja
VIII. Perspectives pour le soja dans la nouvelle PAC
IX. Perspectives de développement

I. Le soja dans le monde

Avec une production de 290 MnT, le soja constitue 60% des 500 MnT de graines oléagineuses produites dans le monde.

La graine de soja est constituée à 80% de tourteau et à près de 20% d’huile. C’est au niveau mondial à la fois la première source de protéines pour l’alimentation animale (186 MnT de tourteaux de soja consommées en 2013/14) et la 2eme huile la plus consommée (44 MnT, derrière le palme). Originaire de Chine, cette légumineuse est cultivée en Asie et surtout  sur le continent américain, où 3 pays, les USA le Brésil et l’Argentine réalisent  plus de 80% de la production mondiale et 86 % des exportations de graine/huile/tourteaux.

La demande mondiale en tourteau de soja a longtemps été concentrée sur l’Amérique du Nord et l’UE. Jusqu’en 2008 l’UE était le plus gros importateur de soja. Mais depuis le début des années 2000 on assiste à un très fort développement de la demande asiatique et en particulier chinoise où un déficit gigantesque se créée, tant en huile qu’en tourteau de soja dans un pays qui était jusqu’alors autosuffisant et qui importe maintenant 70 MnT de graines de soja.

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Zoom sur la demande mondiale en soja non OGM
La demande mondiale en tourteau de soja non OGM augmente tant en Europe qu’en Asie (Corée, Japon et plus récemment Chine). Elle pourrait prochainement atteindre 10 à 12 MnT.

Mais en face la ségrégation entre OGM et non OGM est de plus en plus difficile et la prime au soja non-OGM s’envole. Cette prime était de 2 à 3% dans les années 2000, mais atteint maintenant 15%, soit 80 à 100 €/T.
Source : colloque Soja – mars 2014

II. Dans l’UE, une forte dépendance au soja importé

L’UE est dépendante des pays tiers et principalement du continent américain pour l’approvisionnement de ses élevages en protéines. Elle consomme 50 MnT d’équivalent tourteaux de soja, mais n’en produit que 15 MnT, soit une dépendance de 70%. Tourteaux de soja, colza, tournesol et autres matières riches en protéines sont partiellement substituables, mais le tourteau de soja reste la source de protéines la plus consommée par les élevages européens. Hors sur les 30 MnT consommées chaque année dans l’UE, moins d’1MnT sont issues de graines de soja produites dans l’UE.

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Au niveau français la dépendance en MRP est un moins importante, de l’ordre de 45%, grâce principalement à la production nationale de tourteaux de colza et tournesol.

Mais concernant plus spécifiquement le complexe soja, la dépendance française est énorme. La France ne produit que 3% de ses besoins en tourteaux de soja et 6% de sa consommation en huile de soja.

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III. La production de soja en Europe et en France

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En 1989 les surfaces en soja cultivées dans l’équivalent de l’UE28 ont atteint le record de 1,2 Mnha, dont 510 000 ha en Roumanie, 480 000 ha en Italie et 135 000 ha en France.

Mais aujourd’hui, le soja n’est plus cultivé que sur 480 000 ha dans l’UE, dont 135 Kha en Italie, 69 Kha en Roumanie, 48 Kha en Croatie, 43 Kha en Hongrie, 43 Kha  en France, 42 Kha en Autriche et 29 Kha en Slovaquie (chiffres 2013).

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En France, la sole en soja a atteint un premier  pic à 132 Kha en 1989 puis  un autre à 121 Kha en 2001. Les emblavements sont fortement dépendants des soutiens apportés à cette culture : la perte des aides spécifiques au soja et en particulier au soja irrigué consécutive à la réforme Agenda 2000 est à l’origine d’une forte régression du soja en France, jusqu’à un minimum de 20 Kha en 2008 puis une stabilisation autour de 40-45 Kha jusqu’en 2013. En 2014, la culture du soja semble connaître un regain d’intérêt en France : les premières estimations font état de 55 000 ha de semés soit une hausse de 28%.

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Contrairement à d’autres légumineuses les rendements du soja en France ne sont pas sur une tendance décroissante, ils progressent tendanciellement de 0,2 Q/ha /an.

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En France, il y a 2 zones principales de production de soja : le Sud-Ouest et l’Est.

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Mais en dehors de ces bassins traditionnels, de nouvelles zones de production pourraient se développer, particulièrement en Poitou-Charentes et Centre.

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En 2014, la hausse des surfaces semblerait un peu plus marquée en pourcentage dans le bassin Nord Est (+30%  à 26 000 ha) que dans le bassin du Sud-Ouest (+26% à 27 000 ha). Il y aurait ainsi 2 zones de production d’égale importance en surface.

IV. Les débouchés du soja français

Le soja conventionnel (3/4 des surfaces) est valorisé aux 2/3 en alimentation animale et pour 1/3 en alimentation humaine.

A l’inverse, le soja bio (1/4 des surfaces) est valorisé à 70% en alimentation humaine et à 30% en alimentation animale.

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Alimentation animale
Les graines de soja utilisées en alimentation animale le sont pour plus de la moitié après extrusion /toastage (pour enlever les facteurs antinutritionnels), pour environ un quart en graines entières splittées. Seulement 10 à 15% sont utilisées à la ferme, et très peu sont triturées. Le marché bio est en très forte croissance.

Alimentation humaine
La France est l’un des plus grands producteurs  de produits à base de soja pour l’alimentation humaine. Les soyfoods regroupent diverses préparations réalisées à partir de soja: laits, yaourts, fromages, desserts, tofu et etc…
Entre 2001 et 2010, ce débouché a connu une croissance de plus de 20% par an, passant de 5600 T en 2001 à 32 600 T en 2008 et 65 000 T en 2010.
Le soja bio représente près de la moitié des graines de soja utilisées en soyfood.
Le taux de croissance moyen des produits alimentaires à base de soja est de 19% par an depuis 2000.
Il n’y a quasiment pas de production d’ingrédients alimentaires à base de soja (protéines, isoflavone, lecithine …) en France. Au niveau UE ce  marché (d’environ 320 000T de graines) est approvisionné en quasi-totalité par du soja importé.

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V. La recherche sur le soja en France

La sélection du soja

En France, la sélection du soja est essentiellement le fait de 2 sélectionneurs français : RAGT  2n et Euralis semences. Une partie des moyens de ces 2 entreprises sont au sein du GIE des sélectionneurs de soja, soutenu par le Cetiom et l’Onidol. Les principaux sujets qui y sont travaillés sont : l’optimisation de l’efficacité des croisements, la création de matériel de départ, le maintien de collections, des travaux préparatoire pour la recherche de marqueurs et l’intérêt des semis très précoces.  Ainsi la tolérance à la verse a pu être améliorée et des variétés précoces et très précoces sont maintenant proposées.
La forte proportion de semences de ferme (environ 50%) constitue un frein au développement de la recherche variétale en soja.

Les projets d’avenir

AGESOMIP : Amélioration génétique du soja en Midi Pyrénées de 2013 à 2018
Partenaires : Région Midi-Pyr, RAGT 2n
Projet SojaMip : stratégies agronomiques et de sélection pour concevoir un soja économe en eau et de qualité répondant aux enjeux de Midi-Pyrénées
Partenaires : INRA, Région Midi-Pyr, INP Toulouse Purpan, RAGT 2n, Euralis semences, Cetiom, Onidol
–> recherche intégrée en agro-physiologie du soja, criblage des ressources génétiques, évaluation variétés et ITK => identifier variétés et conduites adaptées au semis précoce
Sources : Colloque Soja – mars 2014

VI. Atouts environnementaux du soja

  • Très peu d’émissions de GES
    • Le soja est une légumineuse : ne nécessite pas d’apport d’azote et permet d’économiser de 30 à 50 uN/ha sur maïs suivant par rapport à une monoculture maïs
  • Rotation soja-maïs-maïs : -40% d’azote par rapport à monoculture maïs
  • Rotation blé-tournesol-blé-soja : -13% d’azote par rapport à blé-tournesol-blé
    • 10% de soja en plus dans l’assolement permet de réduire de 8% les émissions de GES
  • Des besoins en eau limités et souples
    • Le soja valorise très bien les apports d’eau : +8 à 10 Q/ha par 100 mm apportés
    • Les besoins du soja sont inférieurs de 30 à 50 mm à ceux du maïs (1 à 2 tours d’eau)
    • Plus de souplesse : pas de phase critique mais 2 phases sensibles (début floraison et grossissement des graines)
  • Peu d’interventions phytosanitaires
    • IFT total = 2,25
    • Culture bien adaptée au désherbage mécanique
    • Peu d’interventions contre ravageurs et maladies

VII. Rentabilité économique du soja

Les couts d’intrants sont relativement faibles en soja, mais malgré cela la rentabilité du soja est parfois difficile à trouver face à d’autres productions, en particulier le maïs.

Le ratio de prix entre le maïs et le soja est déterminant.

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En système irrigué, d’après les données des CER fournies par le Cetiom, le maïs permettait de dégager une marge brute supérieure de 450 €/ha à celle du soja dans le Gers en 2011 et supérieure de 330 €/ha en Haute Garonne en 2012.

Plus généralement, en systèmes en sec, le soja est à son avantage en sols profonds, tandis qu’en systèmes irrigués, le soja est plutôt favorisé lorsque les contraintes hydriques sont limitantes.

La diversification liée à l’introduction du soja dans les rotations permet de lisser les marges brutes entre  années.

La double culture, qui permet de cultiver un soja en irrigué derrière une orge récolté précocement est encore peu répandue, mais pourrait être une alternative intéressante dans le Sud de la France.

VIII. Perspectives pour le soja dans la nouvelle PAC

Pour permettre la relance de cette culture aux atouts multiples, une volonté politique accompagnée des soutiens nécessaires sont indispensables.

A l’automne 2012, Stéphane le Foll a annoncé la mise en place de 6 plans d’actions dans le cadre du projet agro-écologique pour la France. Parmi ces 6 plans, figure un « plan protéines »

La FOP demande la mise en place d’un plan protéine ambitieux qui permette de relever le défi de notre dépendance en protéines et de relancer la culture du soja.

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Au travers du cadre de mise en place de la nouvelles PAC 2014/2020, la FOP s’est fortement mobilisée pour que certaines mesures soient intégrées pour permettre d’assurer un regain de compétitivité à la culture du soja en France.

A ce jour, les principales opportunités se situent :

  • dans le premier pilier de la PAC au niveau du verdissement et des aides couplées
    • Dans le cadre du verdissement, la mesure encourageant la diversification des cultures (nécessité de 3 cultures dans les assolements pour les exploitations de plus de 30 ha) devrait conduire à un développement des surfaces de soja  dans des situations de monoculture de maïs où le soja peut parfaitement s’intégrer. Par ailleurs, les surfaces couvertes avec des plantes fixatrices d’azote telles le soja  pourront rentrer dans les 5% de terres arables en SIE (surface d’intérêt écologique). Un hectare de soja ou autre culture fixant l’azote pourra être comptabilisé comme 0,7 ha de SIE.  La FOP travaille maintenant   ce que l’état français n’impose pas la mise en place de conditions de conduite contraignantes qui viendraient limiter l’intérêt de cette mesure.
    • La reconnaissance du soja comme production éligible aux aides couplées a été actée aux niveaux européen et français. Cette  mesure, fortement revendiquée par la  FOP au cours des derniers  mois,  rend ainsi possible  un appui direct à cette culture dans le cadre des 2% d’aides couplées pour les cultures riches en protéines… Mais malheureusement les Pouvoirs publics français sont restés sourds aux demandes maintes fois réitérées de la FOP et n’ont pas suffisamment saisi cette opportunité. Ils ont ainsi décidé que l’enveloppe d’aide couplée accordée au soja ne serait que de 6 Mn€, préférant attribuer les 2/3 de l’enveloppe disponible pour soutenir les protéines végétales directement à l’élevage. A partir de 2015, l’aide attribuée au soja pourrait ainsi être de l’ordre d’une centaine d’euros par hectare. Cependant, si l’enveloppe élevage n’est pas totalement consommée, le reliquat pourrait être distribué aux cultures de légumineuses, augmentant d’autant le montant alloué au soja.
  • dans le second pilier de la PAC au niveau des MAE.
    • Les MAET IRRIG O4 et IRRIG 05 visent l’introduction de soja dans des systèmes irrigués (1 ou 2 en 5 ans).Ces engagement sur 5 ans seront reconduites dans le prochain plan de développement rural. A partir de 2015, elles seront ouvertes dans 5 régions (Midi-Pyrénées, Aquitaine, Alsace, Rhône-Alpes et Poitou Charentes) avec des taux d’indemnisations adaptés à chaque région, allant de 78 à 118 €/ha pour 1 soja en 5 ans.
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    • D’autres MAE pouvant favoriser l’introduction des légumineuses dans la rotation ont été élaborées et défendues par la FOP. En particulier une MAE « renforcement des ressources alimentaires pour les abeilles et cultures légumineuses » dont les engagements principaux sont la présence d’un taux minimum de cultures mellifères récoltées dans l’assolement (25%) et la présence de légumineuses en culture principale, avec 3 niveaux d’engagement au choix (5-10 ; 10-15 et 15-20% de légumineuses). Cette MAE, demandée par le coordinateur du plan national de développement de l’apiculture durable a été élaborée grâce à une collaboration entre fa FOP, le CGAAER, la commission apicole de la FNSEA , l’ITSAP, l’UFS et CdF Deshy. Elle a été envoyée conjointement à la DGPAAT, mais il semble que le ministère français n’ait pas pris soin de notifier cette proposition commune auprès de la commission…

IX. Perspectives de développement

De nombreux projets se montent sur l’ensemble du territoire, alliant collecteurs et utilisateurs. A terme, d’après les estimations de Sofiprotéol  200 à 250 000 ha de soja de soja en France pourraient être nécessaires pour alimenter ces différents marchés.

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