Le mot du président Publications - 13 Mai 2016

Aides couplées: verre à moitié plein ou verre à moitié vide ?

mot-presidentAlors que le Ministre de l’Agriculture vient de rendre public le montant des aides couplées pour les légumineuses, il faut avoir la franchise de dire que le compte n’y est pas totalement.

Les producteurs recevront 200 €/ha de protéagineux au titre de la récolte 2015. J’y vois un signe positif pour nous qui avions fait du combat contre la spirale infernale de la baisse des surfaces un axe majeur de notre mobilisation. Il y avait en effet urgence car les protéines végétales sont un véritable défi à relever.  Au-delà de leurs atouts environnementaux et de perspectives prometteuses, nous étions confrontés à un réel manque d’attrait pour ces cultures du fait notamment d’une absence de compétitivité notoire.

Rappelons que nous avons obtenu de la Commission la possibilité de mettre en place une aide couplée, possibilité déclinée en France à travers la fixation d’une enveloppe  spécifique même si elle est loin d’être mirifique. Nous avons aussi obtenu la fixation d’un montant minimal en fonction des surfaces cultivées et aussi que ce montant puisse être complété en vertu du principe de la fongibilité.

Si j’approuve donc la logique dans laquelle s’inscrit cette aide aux protéagineux, je dénonce par contre le montant de l’aide accordée au soja. Alors qu’elle s’inscrivait dans cette même logique et devait permettre d’espérer une aide de l’ordre de 100 €/ha, le ministère nous annonce 58 €/ha. Quelle déception pour les producteurs ! Et quelle faute pour le ministère !

Le besoin en soja français, tracé et de qualité, est de plus en plus fort. C’est une bonne nouvelle pour nous qui nous sommes battus  là aussi pour obtenir son éligibilité au niveau européen ; nous qui estimons que le soja a une vraie place en France et que ne pas encourager cette culture, c’est ni plus ni moins que d’hypothéquer grandement l’avenir. En effet, comment peut-on imaginer être réellement indépendant en refusant d’être en capacité de produire du soja ? Et comment imaginer développer cette culture durablement et de façon pérenne sans en accompagner l’essor ?

Certes, dans tous secteurs économiques, il y a une part de risque. Nous l’assumons au quotidien nous qui sommes des chefs d’entreprises  soumis aux aléas de la nature. Mais nous savons aussi que cette prise de risque doit être encadrée. Cela passe notamment par deux conditions incontournables.

Tout d’abord la maitrise des débouchés ce qui implique une organisation collective, seule à même de pouvoir peser. Dans ce cadre, avec l’interprofession, Sofiprotéol et  Avril, de nombreuses initiatives ont été prises comme l’illustrent par exemple notre implication dans la recherche et le développement,  dans la structuration des filières ou encore dans notre volonté d’apporter des réponses à l’alimentation animale.

Ensuite un accompagnement réel par les Pouvoirs publics le temps de pouvoir se confronter de façon optimale à la compétitivité du marché dans lequel nous nous inscrivons. Or ici, le montant de l’aide décidé ne répond nullement à l’importance des enjeux.

Voilà pourquoi j’estime indispensable que le Ministre revoit très rapidement son annonce en (dé)faveur du soja sous peine de voir les assolements durablement s’effondrer. Ce chantier est entier, il doit être pris avec un vrai sens des responsabilités inhérentes au mandat que l’on assume. Ou pas.

Gérard TUBERY

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